Plusieurs enquêtes dont celles d’Al Jazeera[1] révèle comment les munitions thermiques et thermo bariques fournies par les États-Unis, ont fait disparaître sans laisser de traces des milliers de Palestiniens. Israël avait déjà expérimenté cette bombe au Liban en 1982. Pendant le siège de Beyrouth. Les civils de l’immeuble Acar, près du jardin de Sanayeh[2] en avaient fait les frais.
Ces bombes complètent un arsenal criminel israélien très élaboré.
Du fait de la sophistication de la bombe thermo barique, voyons d’abord la trousse criminelle.
Elle sert de référence aussi de base d’échanges « Best practice », avec nos « armuriers français, notamment les sociétés Geos, Préligens – Safran, Thalès.
En avril 2025, j’en avais présenté les protocoles, les programmes et les technologies.
Voir la chronique « La trousse à outil d’un crime contre l’humanité », cliquer ici
Dans la liste des composants de cette trousse de crime contre l’humanité, il manquait la bombe thermo barique. Proche de l’impact, elle fait disparaître les corps. Un peu plus loin, elle les endommage avec un effondrement interne décalé de quelques jours, quelques semaines.
Cela a un quadruple avantage pour les Israéliens,
Améliorer son image en minimisant le nombre de victimes,
Ne pas endosser la responsabilité des victimes postérieures à son bombardement,
Désemparer les survivants Palestiniens à la recherche des cadavres de leurs proches,
Paniquer ces mêmes survivants face à la désintégration d’origine inconnue, des corps de proches, voire de leurs propres corps.
« Quatre de mes enfants se sont tout simplement évaporés »
« Je les ai cherchés un million de fois. Il n’en restait plus rien.
Où sont-ils passés ? »
Rafiq Badran, camp de réfugiés de Bureij
Quelles sont ces bombes ?
Quels sont leur composition, leur fonctionnement ?
Quel impact sur les corps, à proximité de l’impact, et plus loin ?
La défense civile de Gaza n’a de cesse de mettre à jour son bilan médico-légal. Des corps manquent, ne laissant derrière eux que des traces de sang ou de petits fragments de chair.
Les experts et les témoins attribuent ce phénomène à l’utilisation systématique par Israël d’armes thermiques et thermo bariques interdites au niveau international, souvent appelées bombes à vide ou bombes aérosols, capables de générer des températures dépassant 3 500 degrés Celsius.
« Nous entrons dans une maison ciblée et recoupons le nombre connu d’occupants avec les corps retrouvés »
« Si une famille nous dit qu’il y avait cinq personnes à l’intérieur et que nous ne retrouvons que trois corps intacts, nous considérons les deux autres comme « évaporés ».
« Il n’y a ni traces biologiques, ni éclaboussures de sang sur les murs, ni petits fragments comme des scalps »,
La GBU-39 est une bombe guidée de précision. Elle a été utilisée lors de l’attaque de l’école d’al-Tabin. D’après Fatigarov, elle utilise l’explosif AFX-757. Cette innovation meurtrière est à base de polymère contenant de la poudre métallique comme combustible.
Il y a aussi la bombe MK-84 « Hammer » : cette bombe non guidée de 900 kg remplie de tritonal[6] génère une chaleur pouvant atteindre 3 500 °C.
A Al-Mawasi, à l’est de Khan Younès dans le territoire de Gaza, Israël a utilisé la bombe BLU-109 bunker buster. En septembre 2024, Israël avait forcé les Palestiniens à s’y déplacer, tout en leur déclarant qu’il s’agissait d’une « zone de sécurité ». A cet endroit précis, cette bombe a fait disparaître 22 personnes.
Divers engins, terrestres et aériens lancent ces bombes.
FONCTIONNEMENT DES BOMBES THERMOBARIQUES
Contrairement aux explosifs conventionnels, ces armes dispersent un nuage de carburant qui s’enflamme pour créer une énorme boule de feu et un effet de vide.
Il y a donc deux étapes, décrites dans le schéma ci-dessous fourni par la chaîne média BBC.
Une 1ère explosion libère la matière explosive.
La seconde explosion enflamme la matière.
La chimie contenue dans ces bombes transforme les corps humains en cendres en quelques secondes.
« Pour prolonger la durée de combustion, des poudres d’aluminium, de magnésium et de titane sont ajoutées au mélange chimique »
« Cela élève la température de l’explosion entre 2 500 et 3 000 degrés Celsius. »
Vasily Fatigarov
La bombe BLU-109 bunker buster est intègre les deux étapes décrites ci-dessus. Elle est dotée d’un boîtier en acier et d’un détonateur à retardement. Le détonateur s’enfouit avant de faire exploser un mélange explosif PBXN-109. Cela crée une grande boule de feu à l’intérieur des espaces clos, incinérant tout ce qui se trouve à sa portée.
Nous savons que notre corps est composé d’environ 80 % d’eau. C’est à 100 °C que l’eau bout dans nos casseroles. Avec les 3000 °C et l’énorme pression générés par les bombes thermo bariques les tissus se vaporisent et se transforment en cendres. Il s’agit là des effets pour des proximités immédiates de l’explosion.
Qu’en est-il, un peu plus loin?
LES EFFETS SUR LE CORPS HUMAINS[7] POUR DES VICTIMES ÉLOIGNÉES
Plus que la chaleur elle-même, c’est semble-t-il d’après les experts en explosifs, la pression de l’onde de choc qui est le principal facteur de cette désintégration. D’où la dénomination thermo barique. Barique venant de bar; bar est l’unité de mesure de la pression notamment atmosphérique.
L’onde de choc, dite de « surpression » traverse le corps et endommage spécifiquement les organes contenant de l’air, là où les tissus de différentes densités se rencontrent.
Système pulmonaire. Pleine d’air, c’est la cible la plus critique, la plus vulnérable. L’onde de choc déchire les alvéoles, provoquant ainsi des hémorragies et un œdème pulmonaire. Une détresse respiratoire s’ensuit, parfois plusieurs heures après l’exposition avec des conséquences dans la circulation sanguine (embolies gazeuses).
Système auditif. Le tympan se rompt, les osselets de l’oreille moyenne se disloquent. Surdité et perte d’équilibre s’ensuivent.
Système gastro-intestinal. L’onde de choc comprime les poches de gaz dans les intestins. Elle provoque des contusions, des hémorragies ou des perforations, notamment à la jonction entre l’intestin grêle et le côlon. Ces perforations peuvent apparaître jusqu’à 14 jours après le blast.
Système cardiovasculaire et nerveux. Le cœur subit des hémorragies. L’embolie gazeuse dans le cerveau entraîne une détérioration soudaine des fonctions neurologiques, voire la mort.
INTENTION DE LADITE BOMBE – IMPACT ÉTHIQUE ?
Ce n’est pas de la rhétorique de parler de “vaporisation” ou de corps méconnaissables. Au départ, la bombe thermo barique avait été conçue pour maximiser l’effet dans les espaces confinés. D’où le suffixe de certaines de ces bombes « bunker busters ». Elle a ensuite étendu ses effets par notamment l’adjonction de composants chimiques et l’augmentation de l’effet « vide ».
L’effet “vide” rend l’onde de choc subséquente de surpression beaucoup plus percutante et prolongée que les explosifs classiques. Dans les milieux urbains denses, dans les ruelles étroites, dans les bâtiments, dans les tunnels, dans les abris, l’effet est amplifié.
Dans un contexte urbain comme Gaza, tirer avec des armes de ce type signifie transformer un bâtiment en poussière en quelques secondes. Cela signifie faire de l’identification des victimes un travail impossible. Cela signifie multiplier les décombres au-delà de toute capacité de secours.
L’introduction de ce type de bombes indique que l’objectif n’est pas de cibler des personnes spécifiques ou des cibles militaires spécifiques, mais de frapper la population civile de manière aveugle. La « menace de mort » n’est plus seulement une possibilité de se faire tirer dessus, mais la conscience qu’une arme peut effacer toute trace physique de son existence, transformant la victime en cendres ou en poussière parmi les décombres.
De ce fait, il y a un conflit entre le droit, qui essaie cyniquement de réguler l’horreur, et l’éthique, qui reconnaît son absurdité.
SOMMES-NOUS IMPLIQUÉS ?
Selon des experts juridiques, l’utilisation de ces armes aveugles implique non seulement Israël, mais aussi ses fournisseurs occidentaux.
En tant que citoyen, nous sommes témoin des échanges commerciaux et militaires avec Israël. Notre silence signe notre complicité. En effet, le flux d’armes et de technologies est continu, non-stop depuis les USA, l’Europe et la France.
« Il s’agit d’un génocide mondial, pas seulement israélien »
Maître Diana Buttu,
Université de Georgetown
Mme Buttu a souligné qu’en vertu du droit international, l’utilisation d’armes incapables de faire la distinction entre combattants et non-combattants constitue un crime de guerre. C’est le cas des bombes thermo bariques.
QUE FAIRE ?
Comment briser le système d’impunité accordé à un état désormais génocidaire ?
Soutenir financièrement et en termes de ressources les organisations de juristes, notamment HIND RAJAB FOUNDATION et JURISTES POUR LE DROIT INTERNATIONAL
Interpeller nos élus et directement le président de la République pour obtenir,
L’application par la France du Traité 1938 de prévention de Génocide, et l’application du mandat d’arrêt délivré par la Cour Pénale Internationale en novembre 2024,
L’arrêt immédiat de la tuerie à Gaza, malgré le cessez-le-feu signé, par des tirs, des bombardements et par le blocus médical et alimentaire
Adel Paul Boulad,
Consultant International Diversité & Performance
Président de MEDJOR, Francophones pour la transformation du Levant, (Association Loi 1901),
« Palestine, fin du mécanisme du rejet. Chroniques d’un militant en vue d’un nouvel horizon » cliquer ici , https://www.publishroom.com/librairie/1261-palestine-fin-du-mecanisme-du-rejet-chroniques-d-un-militant-pour-un-nouvel-horizon-de-adel-paul-boulad.html
[1] Enquête Aljazeera « The Rest of the Story », Cliquer ici
[2] Ce Jardin, un des plus anciens de la capitale libanaise est en plein quartier d’Hamra. C’est à deux pas du musée de la Banque du Liban. C’est un agréable jardin assez grand pour qu’on oublie presque les bruits de la ville. Cliquer ici
[4] Ref article paru sur International Review of the Red Cross, et le résumé rédigé par Arthur van Coller dans le Lieber Institute for Law & Land Warfare