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Gaza, comment partager les torts ?

La nouvelle dynamique inquiétante 

Les objections formulées par une partie de mon entourage, et par certains de mes amis juifs sont désormais courantes. Elles trouvent un écho sur les médias, comme cela a été le cas en 1948 lors de la création d’Israël :

« C’est le Hamas qui a commencé »

« Hamas et Daech, c’est pareil … il faut en finir »

« Ces animaux n’ont qu’à libérer les otages »

« Le Hamas utilise les civils comme bouclier-humains »

« Ils n’ont qu’à aller dans les Pays Arabes »

« Tous les Palestiniens tués à Gaza sont des terroristes »

« C’est normal, c’est la guerre, c’est partout pareil »

« Israël a bien le droit de se défendre »

« Ça nous dépasse, c’est la faute aux politiciens, aux grandes puissances… »

« Les chiffres du Khamass sont faux »[1]

 

En s’identifiant à Israël, certains juifs français basculent dans l’irrationnel et l’émotionnel avec un fort sentiment de persécution. Les conséquences sont multiples : perte de toute rationalité, refuge dans la plainte, l’accusation et la facilité de l’amalgame. Le tout aboutit à des insultes et le repli sur soi.

Certains dégainent la fatwa sioniste : « toute critique d’Israël est antisémite »

Renaissance de la singularité juive, de l’antisémitisme et du mécanisme du rejet

Le processus d’identification à Israël est à mon sens inquiétant. Une sorte de fuite en avant qui aboutit à quatre écueils :

  1. La ghettoïsation intellectuelle et comportementale,

  2. La relance de la singularité juive et du mécanisme du rejet,

  3. La perte de citoyenneté dans leur propre patrie, la France,

  4. La relance de l’antisémitisme,

Jadis, l’Europe avait inventé les pogroms et les ghettos. Aujourd’hui en France c’est la traque dans les transports en commun, l’attaque de lieux de culte, commerces, etc.

Un autre courant antisémite prend forme, celui des musulmans en France. Une part de ces derniers s’identifie aux Palestiniens, une autre fait référence à certains textes islamiques envers les juifs. De ces faits, la confusion entre juifs et sionistes est courante.

Confusion ou pas, la singularité juive se renforce, elle dope le mécanisme du rejet.

Comment sortir de ce débat improductif ?

Une majorité de mes interlocuteurs évoquent une « guerre » à parité égale, ils tentent d’équilibrer.  Ils omettent qu’il y a un colonisateur et un colonisé. Ils évitent de voir que le colonisateur israélien est soutenu par la 1ère puissance mondiale, les USA, avec une aide militaire et financier pharaonique. Vingt milliards de dollars tout récemment ….

Alors, pour ménager un apparent dialogue, un ami ose cette invitation :

« Allez … Les torts sont partagés… »

Alors, soyons factuels et regardons les torts des uns et des autres !

REPARTITION DES TORTS – Quelle serait votre estimation ?

Les critères du tableau sont classés par ordre chronologique.

Cela a commencé par les faits accomplis et les annexions suivant le modèle de colonisation en Irlande du Nord. Ronald Storrs commandant Britannique à Jérusalem en 1917 a révélé dans ces mémoires cette stratégie, validée par Lord Balfour, 1er ministre britannique. Voir les détails dans la chronique. Cliquer ici.

 

 

Fort de vos propres estimations, comparons-les avec mes propres constats, ci-dessous. Je les ai faits à partir des sources d’information disponibles : israéliennes, Palestiniennes, ONG, ONU etc.

REPARTITION DES TORTS – Le bilan factuel et ses références ?

Pour les lignes du tableau ci-dessus, voir ci-après les références et les commentaires.

1 – Mode opératoire.

 

Israël est né dans un processus colonial ethnico-religieux auquel s’est greffé dès le départ la volonté de repousser les autochtones voire de les tuer, réf Le Commandement N° 40 dicté par David Ben Gourion le 25 novembre 1948. Le processus de colonisation s’est installé, tous gouvernements confondus, dans une fuite en avant offensive (faits accomplis, annexions, …) et criminelle (réf suite du tableau des « Torts »).[2]

Les Palestiniens, les colonisés errants sur les routes, passifs et soumis se sont ensuite organisés en lutte armée. Certains groupes avaient opté pour le terrorisme et les détournements d’avion. Depuis les accords d’Oslo, le mouvement majoritaire et historique de résistance a abandonné la lutte armée. Il a choisi sans succès, l’approche pacifique et la négociation.

Parmi les colonisés, il y a le tout récent courant islamique : Hamas. Ce dernier a été soutenu et financé par Israël pour contrecarrer et casser le puissant mouvement palestinien laïc et de stature internationale, l’Organisation de Libération de la Palestine.

Avec l’échec des accords de Paix signés par l’OLP et non respectés par Israël ci-dessus, les Palestiniens se radicalisent dans le leadership du Hamas.

2 – Les Annexions

 

Les Israéliens ont annexé plus de 70 localités palestiniennes. Ils ont annexé en plein cessez-le-feu Omm Rash Rash, petit port égyptien, plus tard dénommé en Eilat.

Voir l’inventaire fait ci-dessous.

Les Palestiniens eux, n’ont rien annexé.

3 – Les meurtres contre les civils en 1948

 

C’est avec les références ci-dessous que j’ai fait l’inventaire présenté dans le tableau. Il s’agit de meurtres contre des civils désarmés, tués.

  • https://fr.wikipedia.org/wiki/Tueries_et_massacres_de_la_guerre_isra%C3%A9lo-arabe_de_1948

  • Benny Morris, 1948: A History of the First Arab-Israeli War, Yale University Press 2008; livre disponible sur Amazon

  • RFI-Culture https://www.rfi.fr/fr/culture/20221212-tantura-un-documentaire-isra%C3%A9lien-sur-le-martyre-oubli%C3%A9-d-un-village-palestinien-en-1948 et https://www.youtube.com/watch?v=djGHLLNC3v0

  • Bande annonce du film documentaire Tantura réalise par le réalisateur israélien Alon Schwarz ; https://www.youtube.com/watch?v=HNtrUjUNkJw

  • https://www.de-colonizer.org/videos

  • Recensement fait pour la période du 12/12/1947 au 1er janvier 1949 par les chercheurs israéliens Eitan Bronstein Aparicio et Eléonore Merza Bronstein

 

4 – La propagande

Pour faire peur aux populations Palestiniennes, les milices sionistes puis Tsahal leur lancent des tracts depuis leurs tanks et leurs avions. Pour chacun des 70 massacres collectifs listés en ligne 3 ci-dessus, les propagandistes produisent un tract avec des photos dudit massacre.

..

En Israël, la propagande ultrasécuritaire sur l’invulnérabilité de Tsahal et des Services de Renseignement rassure la population. Ceci aboutit le 7 octobre 2023 à la naïve Rave Party à quelques encablures de la prison à ciel ouvert de Gaza, et des souterrains du Hamas bien connus du Shin Beth.

N’ayant pas accès à Israël, la propagande Palestinienne n’atteint pas les Israéliens.

 

5 – Les expulsions

En 2024, les Israéliens poursuivent les expulsions notamment du nord de Gaza vers son centre puis vers le sud, à Jérusalem-Est. Ce processus avait démarré en 1948 jetant sur les routes, baluchons sur la tête, plus de 800 000 Palestiniens. Il a continué dans la suite des conquêtes israéliennes successives : 1956-67-73-92 …

 

 

6 – Le terrorisme

  • Le terrorisme israélien totalise plus de 150 000 civils palestiniens tués, Réf Min Santé Autorité Palestinienne

 

  • Le terrorisme Palestinien compte 2036 civils israéliens tués, d’après le ministère des Affaires Etrangères Israélien, tel que : 1434 (2000-22) + 515 (1967-1993) + 87 (1949-67)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Chronologie_du_terrorisme_palestinien

 7 – 8 – 9 – 10 – Les Destructions

 

La destruction par Israël de tous les moyens de vie résulte d’une politique structurée et systématique. Elle concerne les infrastructures, les transformateurs et les relais électriques, les relais Télécom, les canalisations, les stations d’épuration, les commerces, les centres sociaux, les mairies, les bâtiments administratifs, les bâtiments des ONG, les bureaux de presse et médias, les ateliers, les hôpitaux, les lieux de prière, les cimetières, etc..

Ces destructions font partie de la caractérisation d’un génocide par le droit international.

Sources :

  • Reportages Middle East Eye : https://www.youtube.com/watch?v=aBOhWpNlQQg

  • Reportage convoi ONU ce 16 août 2024

  • Rapport de l’ONU présenté par le quotidien Le Monde, https://urlz.fr/rTCG

  • Le Monde int’l du 31 mai 2024: « Gaza: Over half of schools, hospitals and mosques destroyed or damaged since October 7” : https://urlz.fr/rTCv

  • Le quotidien Le MONDE « A Gaza, la destruction méthodique des infrastructures médiatiques », https://urlz.fr/rTBW

A ce jour, les Palestiniens n’ont détruit en Israël aucune habitation, ni lieu de prière, ni cimetières ni moyens de vie, ni école ni université. Néanmoins avec des voitures béliers suicides, les Palestiniens ont défoncé des devantures de commerce et d’arrêts de bus.

Sources:

13 – Les prises d’otages

 

Côté Palestinien, il y a d’abord eu les prises d’otage dans le cadre de détournements d’avion, notamment dans les années 70’. Il s’agissait essentiellement de non-israéliens pour environ mille personnes au total. La durée de la prise d’otage n’excédait pas la semaine.

La 1ère prise d’otage d’Israéliens par les Palestiniens date de septembre 1972 avec onze athlètes enlevés. La suivante vient beaucoup plus tard. C’est celle du soldat Gilad Shalit en 2006.

La récente prise d’otage du 7 octobre 2023 concerne pour moitié des militaires israéliens. Une centaine d’otages israéliens seraient encore détenus à Gaza.

De l’autre côté, Israël détient des milliers de Palestiniens aux motifs de : incarcérations administratives provisoires, incarcérations préventives, incarcérations punitives pour les familles des activistes palestiniens. A ce titre, depuis la 1ère intifada en 1987 jusqu’à 2023, il y a un « fonds de roulement » d’environ 12 000 Palestiniens, âgés en majorité entre 14 – 25 ans.

En 2021, le nombre de Palestiniens emprisonnés par les autorités israéliennes depuis 1967 s’élève à 850 000. Depuis 1948, le nombre atteint un million.

Les peines d’emprisonnement ont touché toutes les familles palestiniennes.

Depuis 2008, il y a à les 2 200 000 habitants de Gaza pris en otage. Dans une « prison à ciel ouvert », pour l’eau, l’électricité et les télécoms ils sont tributaires du bon vouloir des Israéliens.

Sources :

Avec les mêmes critères, les habitants de la Cisjordanie peuvent être considérés comme prise en otages, sauf les binationaux. En effet ces derniers, très minoritaires, peuvent circuler.

14 – Les meurtres de civils depuis 2023

 

En plus des tueries à froid évoquées plus haut, nous assistons en ce moment au meurtre par : bombardements aveugles, utilisation de boucliers humains pour rentrer dans les souterrains, tirs des snipers, déshydratation, malnutrition, manque de soins et propagation des maladies, etc.

Les sources ci-dessous m’ont permis de faire l’inventaire présenté dans le tableau ci-dessus

Sources :

  • Réf le Ministère Palestinien de la Santé : modulo une estimation de près de 10 000 encore sous les décombres, plus de 40 000 civils tués à Gaza et 687 en Cisjordanie. Ce 11 septembre 2024, Francesca Albanese, rapporteur de l’ONU intègre les décès indirects aux décès directs pour un total de plus de 189 000 à Gaza. D’après ce rapport, la tendance actuelle (frappes aveugles, maladies, mal nutrition, chocs post-traumatiques, etc.), appliquée aux quinze prochaines années, aboutirait à l’élimination du peuple Palestinien de la zone de Gaza.

  • La revue médicale britannique The Lancet évoque au moins 186 000 morts à Gaza en prenant en compte les causes “indirectes” liées au conflit

  • Le décompte ministériel israélien indique au 1er décembre : environ 1 332 Israéliens tués dont 395 soldats de Tsahal, 10 agents du Shin Bet et 59 policiers, et au moins 1 271 ont été blessés.

15 – Détournements des eaux

 

Le détournement des eaux du Jourdain est la partie visible de l’iceberg. En effet, la comptabilisation des destructions des puits, celles des canalisations tout juste réparées avec les budgets européens puis détruites en une journée, la tarification abusive de l’eau pour les zones occupées et pour Gaza, dépasse celle des eaux du Jourdain.

Israël détourne 95 % de l’eau du Jourdain au niveau du lac de Tibériade, dans le nord du pays, avant même qu’elle n’atteigne la Cisjordanie. Dans les années 1960, l’État hébreu avait construit un système de canaux de 130 kilomètres de long qui achemine l’eau du lac vers Israël.

Réf.

Extraits de l’analyse « Les clés du Moyen-Orient »

 

Que faire ?

 

En général un diagnostic commun et partagé permet d’envisager une vision commune et partagée. Une sorte de pré requis pour un nouvel horizon.

A mon sens, sans cette étape et celle de l’évacuation des haines, c’est le risque l’impasse dans la « guerre éternelle ».

Comment briser cette fatalité ?

Après un inventaire des atouts et des ressources, la partie #4 de mon livre propose une démarche, des profils de nouveaux leaders et des outils de transformation.

La démarche et les outils sont disponibles dans le livre ci-contre.

Parlons-en et agissons !

Adel Paul Boulad

Consultant international Diversité & Performance,

[1] Cette dernière remarque a son écho avec la moue du Colonel Goya très présent sur les plateaux TV. Sa grimace se suffit pour décrédibiliser à vie toute information donnée par le Hamas. Cela étant les linceuls s’empilent et des cadavres restent encore sous les décombres. L’inventaire fait par les ONG sont au moins le double de ceux fournis par le Hamas.

[2] En plus des références utilisées dans mon livre, voir les deux publications de Tanya Reinhart, Docteur en Linguistique sous la direction de Noam Chomsky. Née à Haïfa en 1943 et décédé à New York en 2007, ses livres : Détruire la Palestine, ou comment terminer la guerre de 1948, Edition La Fabrique, 2002 et L’héritage de Sharon. Détruire la Palestine suite, Edition La Fabrique, 2006

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